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Le 14 juillet on fête la prise de la prise de la Bastille, croit-on. C’est en partie vrai, et donc en partie faux. On commémore surtout la Fête de la Fédération. Le 14 juillet 1790. Ce jour-là, un an après l’assaut de la forteresse, on s’assembla sur le Champ-de-Mars. Ceux qui constituaient encore, il y a peu, trois états distincts, le Clergé, la Noblesse, le Tiers-Etat, mais aussi le roi et le peuple, s’unissaient pour célébrer leur réconciliation, une nouvelle façon de vivre ensemble.

Vivre ensemble. À bord du Pourquoi pas ? l’ambiance est excellente. Chacun vaque à ses occupations — il faut dire que le boulot ne manque pas — et mieux encore, travaille main dans la main. Les équipes, les disciplines, tout fraternise. Sur un bateau il vaut mieux. L’espace est mesuré. La fuite impossible. A force de travailler dans les labos on l’oublie, mais l’eau nous entoure de toute part. Nous sommes sur une île. Et une île bien petite. On partage nos cabines, nos espaces de travail, notre table. Nous dépendons tous les uns des autres. Vouloir se retrouver seul serait au mieux un caprice irresponsable, au pire une tragédie. Car ici assurément, l’individu isolé ne survivrait pas longtemps.

C’est ainsi. Plus l’environnement se révèle contraignant, plus on doit compter sur le prochain.

Si cette règle vaut sur un simple bateau, isolé temporairement au milieu de l’Océan, imaginez les proportions que cette même règle prend alors dans des écosystèmes éloignés de tout, tels que ceux qu’on est justement en train d’observer.

Car la vie là-dessous est particulièrement difficile. Pas de lumière pour produire l’énergie vitale par photosynthèse, un air funestement toxique composé de sulfure et de méthane, une pression à écraser un éléphant… Si l’on veut survivre en un endroit pareil, il faut sacrément se serrer les coudes.

Et c’est ainsi que nos animaux se virent dans l’obligation de pousser très loin, bien plus loin que nos différentes équipes, l’art du vivre ensemble, du grec Sumbioûn, autrement dit, de la symbiose.

PHOTO 1 14 JUILLET

Et de fait, la symbiose, le « mécanisme universel du vivant », selon le biologiste français Pierre Portier, se manifeste ici de façon particulièrement spectaculaire. Prenons nos fameuses moules des profondeurs, Bathymodiolus azoricus ; même si tout ce que l’on peut en dire reste à ce jour hypothétique. Lorsqu’on les a découvertes, les scientifiques ont été fortement déconcertés par une anomalie des plus étranges. Leur appareil digestif semblait quasi inexistant ou réduit à presque rien. Comme si ces moules ne mangeaient pas. Comment est-ce possible ? On sait bien, certes, qu’il ne faut pas vivre pour manger, mais tout de même ?

Une autre chose clochait fortement. À rebours de la taille de leur système digestif, nos Bathymodioles possédaient des branchies gigantesques. Trop énormes pour être honnêtes. En les analysant on découvrit que ces dernières abritaient d’innombrables colonies de bactéries, des « symbiotes », capable de synthétiser, à partir des sulfures, et ce grâce à la chimiosynthèse, de la matière organique pour le compte de la moule.

Si l’intestin de la Bathymodiole semble tant obsolète, c’est que notre moule n’aurait même plus besoin de manger pour vivre ! Une sous-traitance énergétique complète ! En échange, la Bathymodiole offre à ses symbiotes le gîte et le couvert (près des fluides sulfurés dont ils raffolent), et, selon les recherches de certains savants, elle leur permettrait ainsi … de croître et de se multiplier, dans des cellules spécialement aménagées pour eux, les bactéryocites, l’équivalant de nos fermes d’élevage !

Dans ces écosystèmes, la vie évolue selon des règles de solidarité entre les espèces qu’on ne peut s’empêcher d’admirer. Et qui nous rappellent à nous, hommes, que l’existence est tout autant relationnelle qu’individuelle. Le monde que nous sommes en train de confisquer à notre profit ne peut devenir territoire d’un unique monarque. Il est avant toute chose un tissage délicat entre les espèces qui l’habitent. Nous ne faisons pas que vivre les uns avec les autres, nous existons surtout les uns par les autres. Une fête de la Fédération perpétuelle en somme.

PHOTO 2 14 JUILLET

Crédit photo & iconographie: Victor 6000, Audrey Mat, David Wahl, Jozée Sarrazin – Charles Thevenin « La fête de la fédération » 1796 / Musée Carnavalet – détail

 

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