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Teatr Piba

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Les physalies sont de retour. Impressionnant. Elles encerclent le bateau. Un champ de gélatine. On pourrait presque croire qu’on les attire. Ana confie que ça devient un vrai problème. Avec l’effondrement numérique de leurs prédateurs naturels, la tortue et le thon, sous la pression de la pêche, les physalies prolifèrent. Drôle de symbiose, cette fois, entre l’homme et l’animal. Qui ne tournera pas longtemps à notre avantage. Aux Açores, on commence à s’inquiéter pour le tourisme. Bientôt, il faudra enfiler une combinaison pour se baigner.

Une semaine. Cela fait une semaine que nous sommes à bord. C’est beaucoup ou c’est très peu. Je suis incapable de le dire. De toutes façons, tous, nous n’avons déjà plus aucune notion des durées. Sur le Pourquoi pas ?, les heures ne s’écoulent pas comme à terre. L’emploi du temps est grosso modo le suivant. La nuit est partagée en quarts. Des gardes de 4 heures. L’équipe scientifique est répartie sur 3 tranches horaires 20h/24h, 0h/4h, 4h/8h. Lever entre 6 et 7 heures. Petit déjeuner, puis matinée de travail jusqu’à 11h, l’heure du repas. À bord on déjeune tôt, parce qu’on se lève tôt ou qu’on ne se couche pas. Sieste pour qui le veut jusqu’à 13 heures. Le point scientifique se fait à 14h. On reprend jusqu’à 19h, heure du dîner. Généralement à 22 heures, les lits commencent à se remplir. Pour ceux qui le peuvent. L’alternance jour/nuit s’estompe au fur et à mesure. Si vous ajoutez à cela le rythme des montées et des descentes du ROV, les fameuses manips (qui se font généralement la nuit), et les analyses ou dissections qui s’étirent, vous arrivez facilement à des journées de 22h, voire à des tours de cadran complet.

Le rythme est donc soutenu. C’est d’une excitation permanente qu’on le nourrit. Même si on n’en a plus la notion, le temps n’en reste pas moins compté. La mission est le couronnement d’une année voire d’une décennie de préparation.

Et pour cela on donne avec générosité, même sa santé. Aujourd’hui un bruit mat, comme une détonation, a retenti dans le labo de chimie. La connectique d’une bouteille de prélèvement, pressurisée par les gaz, a explosé au visage de Valérie qui cherchait à l’ouvrir, juste à sa remontée des profondeurs. On est passé à deux doigts d’une oreille perdue. Ç’aurait été pour la bonne cause. Quand je disais avant hier que la troisième plongée du ROV était d’une importance capitale, je ne mentais pas. Et elle a été couronnée de succès. Voilà de nombreuses années que l’équipe de Valérie travaille sur un prototype de « préleveur séquenceur automatique de fluides »…

1 15 JUILLET

Bon, dit comme ça, je risque de faire un flop. Je développe. Lucky Strike, on commence à le savoir, est un champ parsemé de sources hydrothermales. Le fluide chaud qui sort de ses cheminées, c’est de l’ancienne eau de mer qui s’est infiltrée dans la roche. Passant à proximité de la chambre magmatique située juste en dessous de notre site, cette eau se métamorphose, perd certaines de ses qualités et se charge au contact de la roche brûlante des éléments chimiques arrachés aux minéraux qu’elle traverse : le fameux sulfure, le méthane, différents métaux…c’est à dire que ce fluide porte en lui, pour qui sait l’analyser, toute une cartographie des profondeurs. On sait ainsi, selon sa composition, par quelle roche il est passé. Et l’on peut se mettre à dessiner le chemin de l’eau sous la terre et à suivre ses aventures. Certes… et alors ? C’est le moment choisi par Céline Rommevaux, géomicrobiologiste, spécialiste des interactions entre roches et bactéries, pour me confier les invraisemblables hypothèses agitant en ce moment le milieu scientifique, touchant à l’apparition de la vie sur terre.

Grâce à de nouvelles analyses, des savants le pensent désormais : notre eau mutante provoque lors de son voyage au centre de la terre une altération des roches basaltiques. Qui favoriserait la production chimique de petites chaines carbonées. Autrement dit, nos roches créeraient de la matière organique ! Des acides aminés et nucléiques, les briques élémentaires de la vie, la matière première de l’ADN! Des pierres à l’origine de la vie ?

Si cela se confirme, ce serait alors une incroyable révolution. La vie serait-elle made in Terra ? Et ne viendrait pas uniquement de l’espace, comme on le pensait jusque-là ? Sans compter que si notre planète peut le faire, alors d’autres partout dans l’univers le pourraient tout autant, à condition toutefois de posséder de l’eau… et du magma ! Serions-nous en train de contempler dans nos cheminées l’un des secrets de notre origine ?

La Genèse se trouverait-elle encore sous nos pieds ?

2 15 JUILLET

Crédit photo & iconographie: Victor 6000, Audrey Mat, David Wahl, Jozée Sarrazin

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