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Teatr Piba

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University of Victoria. Le workshop commence. Une semaine d’ateliers dans le cadre d’un programme « art et science ». En faisant se rencontrer différentes disciplines, en mêlant divers domaines de savoir, nous cherchons à stimuler notre réflexion et enrichir nos approches. Jusqu’à jeudi, date de la restitution, nous travaillerons avec des étudiants en microbiologie, en lettres françaises, ainsi qu’avec de nouveaux scientifiques. Occasion de partager et d’expérimenter le jeu, l’écriture et la perception. Une étape fondamentale dans notre processus.

 

Sarah Harvey encadre avec nous l’atelier. Elle est chercheuse. Professeur de lettres françaises du XVIIe et XVIIIème siècle. Québécoise d’origine, elle a vécu de nombreuses années à Paris, avant d’obtenir un poste ici, à Victoria, il y a un peu plus d’un an. Jozée donne le coup d’envoi. Avec sa conférence sur les environnements marins profonds. Ce sera notre matériau principal pour la semaine. Le point de départ pour nos participants. Ç’avait été le nôtre aussi. Les recherches de Jozée, on le sait, entraine l’émerveillement. Face à un monde aussi fascinant et méconnu que celui des profondeurs, l’imaginaire réagit très vite. Les étudiants se jettent à l’eau. Au tour de Charlotte de mener les exercices. On sent déjà dès la première journée que ça prend bien. 

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C’est inspirant, que voulez-vous, les écosystèmes marins profonds.

Quel dommage qu’on aie mis si longtemps à s’apercevoir de leur existence. Jusqu’au XVIIIème siècle, on imaginait pourtant assez vaguement qu’il devait y avoir de la vie dans les grandes profondeurs. Aussi sûrement qu’elle existe dans les hautes altitudes. Mais en 1841, un biologiste, Edward Forbes, assura, un peu rapidement, en sa Théorie azoïque, qu’en dessous de 248 mètres, dans une zone sans lumière, très froide, et pensait-on, agité d’aucun courant, rien ne pourrait jamais subsister. Ceux qui soutenaient encore le contraire furent alors taxés de superstition et d’obscurantisme. On préféra donc se taire durant de longues années.

Or, suite à de nombreux chalutages, il fallut bien se rendre à l’évidence. Le travail des pêcheurs contredisait la pensée des scientifiques. Les profondeurs de la mer, même noires et froides, recelaient de la vie. Et de la vie plutôt bizarre. En 1977, une découverte inattendue foudroya le monde des savants. Alors qu’on pensait l’Océan aussi calme qu’un cimetière abandonné, on repéra une trace d’activité volcanique par 2300 mètres de fond, au large des Galapagos. On affréta le sous-marin Alvin. Par les hublots, on aperçut l’invraisemblable. D’immenses structures minérales, se dressant en cônes de plusieurs dizaines de mètres, crachaient une fumée noire de 350 degrés. À l’entour, des vers rouges, géants de deux mètres, formaient des massifs mouvants, traversés par un nombre infini de coquillages, poissons et crustacés. Espèces toutes inconnues. Un nouvel écosystème, insoupçonnable, venait d’être découvert. Et l’on s’apercevait au fur et à mesure des plongées qu’il en existait dans tous les Océans. L’onde de choc fut colossale ! La vie était donc là où l’on ne pouvait penser qu’elle fût… et la lumière (et même, dans d’autres écosystèmes découverts ensuite, l’oxygène), n’était plus la condition nécessaire à sa manifestation.

Un des pionniers de cette exploration a justement son bureau à deux pas du nôtre. Il est même un des artisans de notre présence au Canada. Aussi, pendant que mes camarades mènent la première journée d’atelier, je prends rendez-vous. Je vais rencontrer Kim Juniper. Et ça, ça me fait quelque chose. Parce que dans dans le monde des environnements marins profonds, Kim Juniper, c’est un peu l’équivalent d’Indiana Jones ou de Paul-Emile Victor . Un découvreur de mondes.

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Kim a donc été un des premiers explorateurs des sources hydrothermales pacifiques. Il s’est un temps intéressé aux curieux vers qui les peuplent. Il est ensuite retourné à sa première passion : les micro-organismes et autres symbiotes vivant à l’intérieur des animaux des profondeurs. Nous en avions déjà rencontré cet été ; ceux de Kim sont tout aussi fascinants. À la naissance d’un ver ils colonisent son corps, dévorent sa bouche et son intestin. Ils se mettent alors à manger et digérer pour lui. Sans cette dévoration originelle, le ver ne pourrait survivre, incapable de se nourrir dans un environnement aussi toxique. En échange, il les abrite en lui, et leur offre un gîte sûr et cosy, favorable aux petites nuits d’amour et aux familles nombreuses.

Kim reste un baroudeur. Il rêve déjà à de nouvelles explorations. Lesquelles ? L’espace bien sûr. Les sources hydrothermales l’ont prouvé : la vie peut se développer selon des schémas inattendus. On sait maintenant que roche, eau et magma lui suffisent. Et l’on est de plus en plus enclin à imaginer, sous l’épaisse banquise d’Encelade, un satellite glacé de Saturne, des organismes semblables à ceux qui peuplent nos profondeurs. Les petits hommes verts appartiennent à un passé révolu. On se figure désormais plus volontiers des aliens à l’aspect de grosses moules bleues ou de gigantesques crevettes.

Et d’ailleurs, regrette Kim, quand on pense à la vie, on la relie uniquement à la terre ou à la mer. On oublie un troisième habitat. L’atmosphère. Au mieux, on n’y voit qu’un espace de transit, acheminant graines et bactéries d’un point à un autre. S’y cacherait-il un écosystème autonome ? On n’a jamais trop pensé à l’y chercher. L’air qui nous entoure nous baignerait-il comme une sorte d’eau sèche ? Et si l’on y trouvait quelque chose ? Voilà qui nous amènerait sans nul doute à reconsidérer les nuages des géantes gazeuses. Jupiter, elle-même, abrite peut-être une des formes de vie les plus inattendues qui soit.

On se tait. On respire. Elle est belle la science quand elle s’échappe des laboratoires.

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